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Editions Chloé des Lys
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7 juin 2026

Concours 1, texte 7

 

VIVE LES RESEAUX SOCIAUX

 

 

La sonnerie vient de retentir. Je me lève, j’emprunte le hall d’entrée, je me hisse un peu difficilement sur la pointe des pieds, regarde par le judas, puis j’ouvre. Ils sont là à quelques centimètres du seuil de porte. Ce sont deux garçons d’une dizaine d’années. Le regard bleu, le sourire espiègle, la voix chantante, c’est le plus petit qui parle  : « Bonjour Madame. A la fin de la semaine prochaine, c’est la fancy-fair à l’école du Chemin Vert, il y a aura un spectacle. Voici une invitation à venir voir le spectacle ? » Il me tend un papier jaune qu’il tenait à la main. Le plus grand ajoute : « C’est un super spectacle. Après, vous pourrez goûter et visiter les stands. L’école n’est pas loin d’ici. Vous connaissez peut-être… »   

J’ai l’impression qu’il s’agit d’un petit discours bien appris et répété plutôt qu’un propos spontané. J’ai l’impression que l’invitation sur le papier jaune, légèrement chiffonné, a été imprimée en peu d’exemplaires. Je les remercie. Je les regarde s’éloigner, je les entends papoter et rire. Je regagne le salon. Je réfléchis…

C’est le printemps. Il y a eu le semi-marathon organisé par la ville,. Il y a eu la fête du premier mai. Ma voisine Christiane m’a fait savoir qu’elle comptait aller en pèlerinage à Lourdes en guise de vacances. Mon filleul s’est offert un week-end à Barcelone. Le samedi, jour du spectacle, est un jour proche de l’anniversaire de mon amie Annie. Soixante-quinze ans, ça mérite un spectacle, un goûter, un cadeau, une petite sortie, me semble-t-il ! Je tente d’imaginer un après-midi où je pourrais me distraire agréablement en apportant du bonheur à une fidèle copine.

Le samedi, Annie et moi assistons au spectacle puis nous régalons de crêpes et d’un cappuccino avant de nous offrir des petits sujets réalisés en terre cuite. Après ces bons moments, Annie prend congé de moi pour se rendre sur le parking où son fils est censé l’attendre depuis près d’un quart d’heure.

Lorsqu’à mon tour, je m’apprête à quitter l’école après un dernier coup d’œil à l’espace réservé à la brocante, je suis  interpelée par un homme aimable, élégant, aux cheveux gris. Il pose le regard sur moi, il m’interroge « Janine ? Janine ? ». Je  le dévisage un instant. Il dit alors « Tu ne me reconnais pas ? Je suis Raymond… Raymond Lénart… Ton père et le mien ont travaillé ensemble. Nous avons été voisins durant quelques années. J’ai même fait, souviens-toi, des dessins dans ton cahier de rédactions. Je t’ai retrouvée grâce aux réseaux sociaux. Tu vois, je suis toujours aussi malin et curieux. »

Raymond m’explique comment il s’y est pris pour obtenir des détails à mon sujet, quelles stratégies il a utilisées pour me revoir, comment a germé en lui l’idée d’envoyer ses petits-fils pour m’inviter à la fancy-fair. Aujourd’hui, c’est jour de fête, c’est une journée quasiment estivale, c’est un temps de rencontres bienveillantes dans une optique de bienfaisance, pourquoi ne pas partager de bons souvenirs en buvant un thé et qui sait aborder ensuite d’autres  étapes ?

Je suis veuve, Raymond est veuf. Je n’oublierai pas le passé, mais vivrai peut-être de délicieux moments marqués par une innocence qui est restée tapie en moi.    

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