Concours 1 texte 5
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Une soirée de rêve : plongée dans la nouvelle saison de ma série préférée, un chocolat chaud à la main.
Mais le destin n'avait visiblement pas décidé de m'accorder ce répit. Je faillis lâcher ma tasse au sol lorsque l'agressive sonnerie de la porte d'entrée retentit... Que me voulait-on à cette heure tardive ? Qui avait encore ouvert la porte d'entrée de l'immeuble à un démarcheur ?
-Bonsoir ! Tout va bien, ne vous inquiétez pas. Je me présente : Magali. Je travaille pour Effelec et je viens vous proposer un contrat d'électricité
Bingo ! J'aurais dû parier avec moi-même... Il est vrai qu'après une éreintante journée de travail, un jeudi soir à vingt heures trente, on meur tous d'envie de se plonger dans d'incompréhensibles contrats d'électricité...
-Aujourd'hui, à combien s'élève votre facture mensuelle ?
Je réajuste ma robe de chambre. Mon visage doit clairement exprimer que je n'en ai aucun souvenir car Magali enchaîne :
-Chez Effelec, les factures sont simplifiées, claires et vous parviennent directement par SMS.
Sa voix est douce, un peu lasse, un peu triste, mais si douce. Elle doit avoir environ une cinquantaine d'années. Ses longs cheveux noirs et bouclés évoquent l'Orient. Sa peau légèrement tannée et ses yeux noirs en amande font d'elle une jolie femme. C'est en tout cas ce que je remarque du haut de mes vingt-neuf ans.
-Entrez, je vous en prie.
Qu'est-ce qui m'arrive ? C'est bien la première fois que je réagis ainsi avec un démarcheur. Habituellement, je leur ferme presque la porte au nez, non sans un poli « bonsoir » bien sûr.
Surprise, Magali entre sans hésiter.
Je remarque alors que ses épaules frissonnent.
-Vous avez froid ?
Son sourire s'accentue. Sourire de façade. Il n'y a pas de doute.
-L'air est un peu frais. J'imagine que vos factures faramineuses d'électricité vous obligent à baisser le chauffage. Tout cela va changer.
Nous rions toutes les deux. Elle est douée pour éviter les sujets douloureux.
Mais, elle tremble et, cette fois, c'est flagrant.
-Asseyez-vous, je vous en prie.
L'émotion qui se dégage d'elle me touche. Je la sens soudain si fatiguée. J'ai envie de faire quelque chose pour elle, sans trop savoir pourquoi.
-Je vais vous servir un thé bien chaud pendant que vous me montrerez vos contrats !
La pauvre femme n'est visiblement pas habituée à cette gentillesse. Ou bien, il en fallait peu pour ouvrir cette frêle carapace dont elle s'est revêtue...
-Vous êtes sûre que vous allez bien ?
Elle éclate en sanglots, là, sur cette chaise au milieu de ma salle à manger. J'ai envie de la prendre dans les bras, de lui dire que tout ira bien, mais je ne la connais pas et je ne sais rien de sa vie...
Alors, je me contente de poser une main sur son épaule en murmurant :
-Vous pouvez rester ici autant que vous voulez.
Au milieu des larmes, Magali bredouille des excuses.
-Etes-vous souffrante ? Avez-vous besoin de quelque chose ?
Je m'accroupis près d'elle, à l'écoute, émue.
Alors, soudain, elle se libère de ce poids qui l'étouffe. Je m'attendais à beaucoup mais certainement pas à une telle bombe... Comme l'on jette un fardeau à terre, elle s'exclame entre deux sanglots :
-Ma fille a été enlevée mais je dois continuer ma vie comme si de rien n'était ou elle mourra !
