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Editions Chloé des Lys
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31 mars 2026

Le jeu de l'auteur mystère revient !

Mais qui a écrit le texte divisé en trois parties ci-après ???? trois jours pour donner un nom et tenter de deviner !!! 

Bonne chance !

J’ai fait le test ce matin.

À sept heures pétantes, je me suis glissé dehors, traversé la cour pour aller casser un œuf sur une pierre plate à la lisière des pommiers pour le laisser en plein soleil jusqu’à dix-huit heures comme prévu. Ensuite, je suis vite rentré dans le bâtiment pour éviter qu’on me surprenne.

Il ne faisait que vingt-sept degrés, j’aurais pu patienter, regarder le début de la transformation, même si je savais que l’effet ne serait pas visible tout de suite et qu’il faudrait patienter longtemps. En revanche, si j’attendais un peu, je verrais si Abelle disait vrai ou si elle s’était moquée de moi comme souvent.

À nouveau à l’intérieur de la vaste demeure, j’avais essayé de trouver un truc à faire, même si c’était vachement difficile de s’occuper sans sortir. Il n’y avait même pas moyen de jouer à la console ou mater une série dans la salle commune, les câbles avaient encore cramé ! Chaque été, c’était pareil ; cette turne tombait en ruines.

Althea, La Très Chère Pseudo Mère, se battait contre des moulins pour assurer notre subsistance à tous, en revanche, l’accès au réseau n’était, pour elle, qu’un point situé très très bas dans sa liste de priorités.

Elle n’avait jamais été partisane de l’Internet et des « rézosocios », lesquels avaient, de son point de vue, grandement contribué au déclin de la jeunesse postpandémique.

J’ai toujours été en désaccord avec elle car j’étais ravi de pouvoir converser avec d’autres jeunes, en tous cas, autres que ceux de cette vieille barraque que je ne supportais plus.

De surcroit, les jeux en réseau m’apportaient beaucoup, davantage en tous cas que ceux qu’Althea nous proposait 

(imposait ?)

pour – je cite – « renforcer les liens ».

Jamais je ne me suis considéré comme un modèle relationnel, même quand je n’étais pas enfermé ici. « Enfermé » est peut-être un mot trop fort, c’est pourtant ce que je ressens régulièrement.

Abelle prétend que je suis un asocial, je me défends en affirmant être sélectif dans mes amitiés. Un peu trop sans doute... En réalité, je ne ressens pas grand-chose pour les autres, même si nous nous fréquentons, la fille a rapidement compris que nous n’étions pas de véritables amis.

Abelle, en dépit son nom étrange et de son caractère de cochon, je l’apprécie – enfin, je ne la hais pas – même si son passe-temps favori consiste à me faire passer pour un imbécile.

Comme moi, elle fait partie des enfants d’Althea, ceux dont personne n’a voulu. Elle est arrivée lorsqu’elle avait onze ans, ses parents sont morts tous les deux, personne – à part Althea sans doute – n’a su ce qui leur était arrivé. L’orpheline n’a jamais voulu en parler. Je sais simplement qu’aucun membre de sa famille ne voulait se charger d’elle, elle était sans doute trop vieille pour être éduquée.

Elle attend sa majorité dans cette magnifique bicoque qui prend l’eau de tous les côtés.

Nous nous sommes rapprochés, ça a pris du temps, pas comme dans ces films où des ennemis jurés deviennent les meilleurs amis du monde à la suite d’une épreuve, ça ne s’est pas du tout passé comme ça dans la vraie vie.

Abelle et Rob, votre serviteur, ont conclu une sorte d’alliance parce que c’était la solution la plus simple, et surtout parce que, tacitement, on a compris qu’on serait plus fort en duo.

Les autres pensionnaires pensent que c’est juste parce que nous sommes noirs et que notre couleur de peau suffit à justifier cette alliance.

Abelle est convaincue qu’il est inutile de leur expliquer que ça n’a rien à voir et que c’est tout à fait absurde de penser de cette façon. Cela ne servirait à rien, la génération post-Trump est beaucoup trop conne et ces débats constitueraient une perte de temps pour tout le monde.

Je jette un coup d’œil à ma montre : quinze minutes se sont écoulées depuis que le blanc et le jaune ont quitté la coquille.

Il faut que je trouve des trucs à faire, mais ranger ma chambre, bouquiner ou aller causer à quelqu’un sont des activités que je n’apprécie guère.

Et Abelle m’a trop énervé pour que j’aille lui taper la causette ce matin.

Alors, je fais les cent pas dans la salle commune. Les autres ne sont pas encore descendus.

Althea a décidé de suspendre les cours de ce matin, elle a pris sa décision en consultant la météo, sûrement avant que la connexion ne lâche.

Plus de quarante-cinq au beau milieu de la journée ! Déjà trente ce matin. Tu mets le nez dehors, tu crames, il n’y a pas un souffle de vent.

La climatisation, rendue obligatoire depuis quelques années, fonctionne à peu près dans le vieux bâtiment. Elle fait un bruit du tonnerre, surtout la nuit, et nous avons tous peur qu’elle lâche en pleine canicule. Sûr qu’on cuirait à étouffée dans notre lit.

Il y a une semaine à peu près, Abelle a prétendu que si quelqu’un mettait un œuf en plein soleil, il cuirait aussi bien que dans une poêle. J’ai ri, elle a pris la mouche et s’en est suivi une dispute comme on en a de plus en plus fréquemment. Elle m’a traité d’idiot, pourtant, je suis convaincu de ne pas faire partie de la famille de décérébrés que l’on trouve par grappes dans ce pays. Je lui ai donc proposé une sorte de pari : casser un œuf au bout du verger cramé, sur une pierre plate et voir ce qui se passe. Je suis convaincu que lorsque je viendrai prendre l’œuf cette nuit, il aura juste coulé de la pierre, sera vaguement chaud et bien entendu, immangeable. Néanmoins, il ne sera certainement pas transformé en omelette.

J’attends le résultat de cette expérience complètement stupide avec impatience.

Pour la tromper, cette impatience, je me rends à l’étage, puis frappe à la porte d’Althea.

Je sais que la vieille se lève très tôt et qu’il y a de fortes chances pour qu’elle soit déjà au turbin.

Cette femme sans âge est à la tête de l’orphelinat Saint Jérôme depuis des temps immémoriaux. Les murs de son minuscule bureau sont tapissés de visages d’enfants qui ont tous connu la vieille comme protectrice.

Elle nous aime particulièrement, Abelle et moi, sans doute parce qu’Althea est noire, diraient certains adaptes du slogan MAWA[1].

Elle prétend que nous sommes les balles les plus rapides de son fusil et que nous irions loin si nous nous en donnions la peine. Au lieu de ça, déplore-t-elle, nous passons notre temps à nous chamailler comme des gamins et à nous lancer des gages stupides.

Celle que je surnomme « Notre Très Chère Pseudo Mère » (quoique jamais devant elle) depuis que j’ai posé le pied à St Jérôme m’invite à entrer et je la découvre les pieds nus sur le bureau, en train de se rafraîchir avec un ventilateur portatif. Elle porte une robe blanc écru très légère dont les bretelles lui tombent des épaules. J’ai peur de lui voir les seins qu’elle doit avoir tout fripés.

Comme si elle avait pu lire dans mon esprit, elle rectifie sa posture.

  • Robby ! Te voilà bien chaudement habillé ce matin !          

 Je m’observe comme si je ne m’étais pas vêtu moi-même moins d’une heure auparavant : tee-shirt, jeans et basket. Je n’ai pas enfilé de chaussettes simplement parce que je n’en ai pas trouvé de propres. Pas réfléchi, trop pressé d’aller casser l’œuf sur la pierre sans qu’on me surprenne.

  • Ouais, je réponds sans pour autant rebondir sur la remarque qui m’est lancée et qui ne m’intéresse pas. Je voulais voir avec vous si le mec du câble va venir réparer Internet.  

La vieille femme aux cheveux noués en chignon lève les yeux.

  • Pour l’amour du Ciel, Robby, je t’ai déjà expliqué qu’à part pour des circonstances exceptionnelles, personne n’est autorisé à sortir par un temps pareil.  

Sur Internet, on raconte que le temps s’est totalement déréglé à cause de l’Homme. Je pense – et beaucoup sont d’accord avec moi sur la Toile – que ce sont des conneries en boîte. Que donc ont pu faire les êtres humains pour foutre un coup de pied dans les roubignoles des saisons ? Abelle prétend que j’ai tort, que nos ancêtres n’ont pas écouté ceux qui leur disaient de prendre garde.

Aujourd’hui, à cause de leur négligence, de larges parties de certains pays sont sous l’eau, tandis que des forêts entières ont disparu dans des incendies.

D’après elle, dans le temps, il ne faisait pas quarante-cinq degrés dans le New Jersey au mois de juillet et plus de cinquante au Nouveau Mexique en juin. 

Du bout des lèvres, j’ai reconnu que nos semblables ont pu contribuer à ce changement climatique, pourtant, je reste convaincu que la Terre y est pour beaucoup. Combien de fois la Planète bleue a-t-elle éradiqué toute vie sans le concours des êtres humains ? Il y a eu cinq extinctions massives sur les quatre cents dernières millions d'années. Période glaciaire, épuisement d’oxygène dans les océans, activité volcanique, impact d’astéroïde, les causes sont multiples et variées. Le Monde n’a pas besoin de sa créature autoproclamée la plus intelligente pour s’autodétruire.

 

[1] Déformation pour l’histoire du slogan trumpien : MAGA (Make America Great Again) par Make American White Again.

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