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Editions Chloé des Lys

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14 mars 2026

"Laura", une nouvelle signée Rayan Zowski

"Laura", une nouvelle signée Rayan Zowski

Laura

 

La porte s’ouvrit.

- Salut, Mamie. Je peux entrer ?

- Quelle question... Entre vite, tu vas attraper froid...

 

Mamie déposa la théière.

- Ton préféré, pomme/cannelle.

- Merci, Mamie...

 

Nous bûmes toutes les deux une gorgée.

- Bon... Puis-je te poser la question ?

- Celle où tu me demandes : "Pourquoi as-tu sonné à cette heure-ci ?"

- Bingo.

- Eh bien, je me suis disputée avec lui.

- Avec Papa ?

- Ouais, mon père...

 

Mamie but une seconde gorgée.

- Je suis désolée, Mamie. Je n’ai pas envie de te raconter. Tout ce que je peux te dire, c’est qu’il me saoûle...

 

Mamie me regardait... Elle but la dernière gorgée.

- Comme tu veux.

 

Mamie regarda l’horloge du salon.

- Excuse-moi, il est très tard. Je vais me reposer dans les bras de Morphée... Belle nuit, Laura.

- Merci, Mamie. Belle nuit à toi, aussi...

 

Mamie m’offrit un sourire. Elle se leva et se dirigea vers l’escalier.

- Il ne m’a jamais prise dans ses bras...

 

Mamie se retourna.

- Et le départ de Maman n’est pas une excuse, rajoutai-je.

 

Mamie ne dit rien. Elle se retourna et monta se coucher.

 

J’ouvris les yeux. Apparemment, je m’étais endormie. Je me levai du canapé afin de boire une autre tasse de thé... quand je la vis sur la table, la cassette vidéo. Pourquoi Mamie avait-elle... La curiosité me piqua tout de suite. Je l’attrapai, allumai la télévision ainsi que le lecteur K7 et l’insérai. Quel message pouvait-elle bien vouloir me transmettre ?

L’image apparut. Une petite bande de jeunes hommes était installée sur un comptoir.

- Eh, Géry ! Chante-nous une petite chanson !

 

La caméra se tourna vers un homme. Il était grand et costaud. Je le reconnus tout de suite. Il souriait timidement. Il hésitait...

- Allez, Géry ! Pour ta petite fille !

 

L’homme prit une grande inspiration... Il souffla. L’homme marcha ensuite vers le centre du café.

L’homme était debout et bien droit. Il ferma les yeux...

- Oh Laura*...

 

Je reçus alors comme un immense choc. Je croyais pourtant que... Je l'écoutais comme jamais je ne l’avais écouté de toute ma jeune vie. Comme... Comme il chantait bien... Je ne pus m’en empêcher, les larmes commencèrent à couler...

 

La porte s’ouvrit. Il n’était pas du tout étonné de me revoir.

- Tu m’as toujours dit que tu avais horreur de Johnny Hallyday...

 

Ses yeux exprimaient la surprise. Il était gêné, mais ne dit toujours rien.

Papa s’approcha alors tout doucement de moi... et me prit dans ses bras.

 

Rayan Zowski

* Laura (Johnny Hallyday)

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13 mars 2026

Christine Brunet vous présente le trailer de son nouveau thriller SF "Les veines du temps"

12 mars 2026

Une nouvelle signée Carine-Laure Desguin est parue dans Aura 127 : "Et quel genre de gymnastique, madame Belle ?"

Une nouvelle signée Carine-Laure Desguin est parue dans Aura 127 : "Et quel genre de gymnastique, madame Belle ?"

Et quel genre de gymnastique, madame Belle ?

 

 

—  Madame Belle, Clara Belle ! Vous me manquiez ! Déjà trois mois ?

— Trois mois, inspecteur Sidonin, presque jour pour jour. Les lecteurs de la revue attendent nos entretiens avec impatience.

— Oui, si vous le dites, madame Belle. Toujours mariée à Sigmund Woody, un psychiatre que l’on ne présente plus ? Et votre fille Pocahontas, elle me semble bien calme ces derniers mois.

— Pocahontas vit sa vie, une vie virtuelle, comme tous les jeunes de son âge. Parfois elle nous présente un copain ou l’autre. Tous issus d’un beau milieu, celui du milieu d’un ordinateur qui crachouille des types en 6D. Pocahontas me rassure comme elle le peut, il ne manque aucune pièce à ses copains. Sauf l’avant-dernier, une espèce de troll, à qui il manquait l’élément vital à cause d’une panne d’électricité. Vous comprenez n’est-ce pas inspecteur ?

— Bien sûr … Tout cela est très bien. Mais alors, que me vaut votre visite, madame Belle ?

— Le voisin d’en face filme Sigmund lorsqu’il pratique ses exercices de gymnastique et le menace de tout révéler.

— Je ne comprends pas, madame Belle. Tout révéler ? Votre mari a le droit de pratiquer sa gymnastique chez lui ou dans le parc de votre château. Et même sur le trottoir, pourquoi pas ? Le docteur Sigmund Woody reste habillé, je suppose qu’il est décent lors de ces mouvements salutaires,

— Mais oui ! Cependant ce voisin menace, il avertira la presse. Tout le monde doit savoir que le docteur Sigmund Woody est fou, dit-il … Et même pas une demande de rançon, inspecteur Sidonin ! J’ai peur pour nos vies à tous les trois !

— Madame Belle, votre mari n’a pas été kidnappé. Donc pas de rançon. Nous allons reprendre depuis le début. Tout d’abord, quels genres d’exercice pratique votre mari ? 

— Un seul exercice, inspecteur. Un seul, toujours le même. Il use d’ailleurs au moins une chaise par semaine à cause de ces sauts.

— Des sauts ?

— Oui, les sauts quantiques pour lesquels il s’entraîne.

— Madame Belle, pour l’amour du ciel, expliquez-moi !

— Ne me parlez pas du ciel, inspecteur. Cela compliquerait encore la situation. Je vous explique. Sigmund s’assoit à califourchon sur une chaise, n’importe laquelle, en bois, en métal, n’importe quelle matière. Et puis, il saute. Voilà, c’est tout simple. Il sautille comme ça parfois sur les carrelages en céramique des grandes salles de notre château, parfois dans les allées de notre parc, jamais sur le trottoir, oh non ! Cela dérange le voisin. Je pense que c’est par pure jalousie.

— Pourquoi le voisin serait-il jaloux de votre psychiatre de mari qui sautille à califourchon sur une chaise. Il est un peu fou votre voisin, non ?

— C’est-à-dire qu’il est dépressif et ne se sent jamais bien où il est. Cela je le sais car étant la secrétaire de Sigmund, j’ai accès à tous les dossiers, inspecteur.

— Et donc le voisin serait jaloux car il est dépressif et ne se sentirait jamais bien où il est. J’ai envie de lui écrire un courrier pour lui demander de changer de place.

— Ah commissaire, quel humour !

— Je cherche encore le lien, madame Belle. Aidez-moi un peu. Vous semblez retenir des informations.

— Justement. Le voisin présume que Sigmund détiendrait un secret, un très grand secret.

— Ah ?

— Oui. Si Sigmund saute pareillement sur une chaise, c’est parce qu’il parvient parfois à faire des sauts quantiques.

— Des sauts quantiques ?

— Oui, Sigmund est psychiatre mais aussi chercheur en métaphysique.

— Oui … et ?

— Qui dit sauts quantiques dit changements de lignes du temps. Et donc déplacement du corps de l’individu dans une autre époque. Et comme le voisin ne se sent jamais bien où il se trouve, il voudrait lui aussi changer de ligne de temps quelquefois, histoire de vivre sous d’autres cieux, à une autre époque. Juste pour son moral …

— Et pourquoi ne vient-il pas sauter chez vous avec votre mari ? Cela simplifierait la situation. Et chacun trouverait sa ligne de temps !

— Cela est impossible, inspecteur. Voulez-vous connaître la raison de cette impossibilité ?

— Non madame Belle, je ne veux pas. À propos madame Belle, pensez-vous que Sigmund accepterait que je vienne sauter chez vous car moi aussi je voudrais changer de ligne de temps ? Je ne parle même pas de trajectoire, ça non. Simplement un saut quantique et changer de ligne de temps, tout simplement.

— Bien sûr, inspecteur ! Ce serait en quelque sorte une protection rapprochée. De temps en temps …

 

 

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog.com

11 mars 2026

Barnard Wallerand dans "L'Avenir" pour son ouvrage "Chant d'amour ukrainien"

11 mars 2026

"Souris à la vie" : une nouvelle signée Rayan Zowski

"Souris à la vie" : une nouvelle signée Rayan Zowski

Souris à la vie

 

Isabelle n’a pas du tout envie de sortir. On peut dire que son moral est loin d’être au beau fixe…

Ce soir, une fête est organisée en ville pour Halloween. Ses amies l’ont invitée. Dans la vie, il faut surtout s’amuser ! Mais Isabelle n’a pas envie. Elle n’a pas du tout envie qu’on la voit « comme ça ». Le regard des autres, cela a toujours été un véritable problème. Pourtant, elle y travaille avec quelqu’un. Quelqu’un de bien, qui possède beaucoup de patience…

Isabelle se lève de son lit. Il était temps, cela faisait au moins deux heures… Elle se dirige vers la salle de bain. Un peu d’eau froide sur le visage lui fera le plus grand bien.

Isabelle relève la tête. Elle s’essuie le visage puis se regarde dans la glace. Elle essaie… mais non, elle n’y arrive pas. Isabelle baisse les yeux, encore une journée de gâchée. Cela ne fera que la quatrième… Isabelle s’apprête à franchir la porte de la salle de bain… quand elle entend quelque chose… un sifflement. Isabelle se retourne, son reflet… Il siffle. Isabelle a du mal à y croire. Pourtant, elle n’a pas encore pris le médicament du soir.

Isabelle est juste en face du petit miroir. Son reflet la regarde. Isabelle le regarde…

Son reflet exprime alors quelque chose… un sourire, un sourire de tout ce qu’il y a de plus chaleureux. Isabelle essaie de nouveau…

Une voiture klaxonne. Isabelle sort et ferme la porte à clé. Elle s’est lavée, maquillée et bien habillée. Une véritable transformation, une véritable résurrection...

Les quatre amies montent le son. Cindy Lauper commence à chanter. Il faut que les filles s’éclatent, elles aussi…

La voiture démarre. Isabelle rit comme jamais.

Mamie lui avait toujours dit : « Souris à la vie. »

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11 mars 2026

Ani Sedent a lu "Un temps d'avance" de Peter Pen

9 mars 2026

Ani Sedent nous présente le Hors-série 2025 des petits papiers de Chloé

Ani Sedent nous présente le Hors-série 2025 des petits papiers de Chloé

Et si nous parlions du hors série 2025 des Petits Papiers de Chloé ?

  Comme vous le savez certainement déjà, en 2025, dans le cadre de l’évènement annuel : « Fureur de Lire », Chloé des Lys a décidé d’initier sa propre opération sur le thème des lectures extraordinaires : « Fureur de Lire, Fureur d’Écrire », car, comme le dit Laurent Dumortier dans son édito, l’un ne va pas sans l’autre ! Et c’est ainsi que fut lancé, par Christine Brunet, rédactrice en chef des Petits Papiers et administratrice du Blog Aloys, un grand concours d’écriture en cinq actes.

  Les Petits Papiers de Chloé nous en livre les textes gagnants en nous dévoilant une lecture qui ne manque ni d’humour ni de de piquant ni d’extraordinaire.  De l’émoi d’une petiote de quatre ans devant son premier livre, à la colère épique d’un personnage envers son créateur, en passant par les plus folles aventures à dormir debout et l’acidité d’histoires mitonnées au vitriol, le lecteur se voit plongé dans l’imaginaire débridé des auteur(e)s.

  Cerise sur le gâteau, l’acte cinq, entièrement confié aux élèves de 4eme année du collège de La Vésubie-Jean Salines de Roquebillière, en France, offre au lecteur trois textes supplémentaires.  Il faut dire que ces petits jeunes (environ 13 ans) n’ont pas manqués, eux aussi, de faire preuve d’une belle imagination dans leurs contes fantastiques.

Et puis il y a Chloé a dit… : « Sur le métier d’écrivain remettez cent fois votre ouvrage », ce que n’ont pas manqués de faire certaines plumes inspirées.

Mais la revue Les Petits Papiers de Chloé c’est aussi celle des auteurs qui y présentent leur livre, paru ou à paraître ; c’est aussi celle des coups de cœur des chroniqueuses de l’ActuTV … et il y en a eu quelques uns !

Alors, n’hésitez plus et découvrez ce hors série de 34 pages, tout en papier glacé, riche en illustrations colorées et en textes échevelés.

 

Bonne lecture !

 

Ani Sedent

6 mars 2026

Micheline Boland nous présente son nouvel ouvrage "Haïkus et tankas au fil des jours"

Micheline Boland nous présente son nouvel ouvrage "Haïkus et tankas au fil des jours"

BIOGRAPHIE

 

Depuis sa plus tendre enfance, Micheline Boland (née en 1946) a toujours aimé inventer des histoires. Puis elle s’est passionnée pour les contes, les nouvelles et les haïkus. Maître-praticienne en P.N.L., elle a écrit divers articles de psychologie pour des revues belges et françaises et a publié un manuel sur ces méthodes de développement personnel.

Elle fut psychologue, conteuse, improvisatrice, choriste et tireuse à l’arc.

Ce recueil est le dix-septième livre qu’elle a sorti aux Éditions Chloé des Lys. Elle a également collaboré à de très nombreux recueils collectifs chez d’autres éditeurs.

Elle a obtenu le premier prix section française au concours de haïkus 2025 de la Société Roumaine de Haïku avec ce poème :

Matin de juillet

pas d’enfants juste un pigeon

dans la cour d’école.

 

RÉSUMÉ

Le haïku et le tanka sont des poèmes courts d’origine japonaise qui évoquent au présent des émotions et des réflexions.

Les haïkus sont classés selon les saisons. Cependant, un petit chapitre est réservé à des haïkus du Pays Noir où vit l’auteure. Les tankas sont rangés pour la plupart au rythme des saisons, mais certains sont estimés « hors saison ».

 

EXTRAITS

 

Quelques haïkus

Mies de biscottes

sur le miroir du bouillon

voyage d’hiver. 

 

Un douze janvier

tu as rejoint les étoiles

l’orchidée fleurit.

 

Début de printemps

la pelle à tarte en argent

devient transplantoir.

 

Un fil d’araignée

relie des chocolats

Pâques au jardin.

 

Dans la nuit d’été

le chant d’un moustique couvre

mon chant intérieur.

 

Dans le champ de blé

l’épouvantail me ressemble

il prend le soleil.

 

Le jour de Toussaint

un vieux chien conduit son maître

à la bonne tombe.

 

Sous le vent d’automne

les feuilles vont se noyer

dans l’étang tout proche.

 

Deux tankas

 

Retour du travail

seule une araignée m’accueille

dans le hall d’entrée

m’effleure la superstition

de l’espoir qu’elle apporte.

 

Le vieux bouledogue

n’accorde pas un regard

à la tour Eiffel

même moi je m’attendais

à quelques aboiements.

6 mars 2026

Gauthier Hiernaux nous présente son nouveau roman "Comme des ombres"

Gauthier Hiernaux nous présente son nouveau roman "Comme des ombres"

Extrait

 

Mardi 18 Décembre, 20:30

« (… ) trop excité pour dormir ce soir si tu continues à manger ces saloperies ! »

« On ira là où ils font le homard. Tu sais, là où tu peux demander deux préparations… »

« … tes cadeaux à la fin ! Si ça continue, ton père va finir par se… »

« … de boire un verre. Ils ont de la Triple d’Anvers dans ce bar et tu devrais la goûter avant de mourir… »

Les bribes de conversation l’effleurent sans s’y accrocher, comme si leurs doigts, malingres et malhabiles glissaient sur une armure. Depuis son nouveau départ, les gens n’ont plus de prise sur lui. Il est invulnérable, il n’a plus rien à craindre de la vie désormais.

L’odeur des churros, des barbapapa, des amandes enrobées de sucre, tout ce charivari odorant ne l’écœure même plus. Pourtant, le mois dernier, il n’aurait même pas été capable de se mêler à la foule de peur que ses narines captent l’un de ces fumets. Il craignait de vomir, le front collé à un mur, le corps cassé en deux comme l’un des fêtards intempérants de Saint-Géry. Il a toujours redouté le regard des uns et encore davantage la compassion des autres. Depuis qu’il est malade – mais est-ce réellement un repère temporel, il l’est depuis tellement longtemps – il a développé une allergie aux bons sentiments, l’obligeant à fuir ses amis, et même sa famille alors qu’il n’a, tout au plus, que des cousins éloignés dont il n’a plus de nouvelles depuis qu’il a fait sécession avec la société.

Disséminées un peu partout à grands frais par le bourgmestre et sa clique de menteurs, les enceintes diffusent une daube sirupeuse tout à fait consensuelle et dans l’air du temps. Ça dégouline d’esprit de Noël, d’amour et d’autres conneries absolument insupportables. Il a la tentation de s’éloigner, de contourner les cabanes outrageusement illuminées où les commerçants ont l’air de bouder, mais cela signifierait effectuer un détour considérable. Il aime aller droit au but, c’est dans sa nature. Il fend donc la foule sans se presser, s’écartant uniquement pour laisser passer les poussettes – une idée de dingue ! Quel genre de personne s’encombre de ce type d’engin pour se noyer dans la masse ? – évitant les gamins bourrés de sucre et les couples enlacés qui se croient seuls au monde.

Sur son dos, le sac pèse une tonne, il lui scie les épaules et les reins. Bientôt, il le déposera et il se sentira bien mieux. Sisyphe bientôt débarrassé de sa pierre…

 « (… ) du manège, mon chéri. Celui du Vismarkt est bien plus beau, je t’assure. »

Il passe devant l’un des carrousels qu’on nomme « steampunk », il tourne chaque hiver depuis qu’il est gamin. L’homme a toujours eu un peu peur de ces monstres mécaniques, surtout de l’improbable batracien flanqué d’une coque sur le dos, ses yeux fixes et flous l’ont toujours terrifié. La première fois qu’il l’a vu, il a cauchemardé une semaine entière.

Quel est le dangereux névropathe qui a un jour décidé de remplacer les gracieux chevaux de bois multicolores par ces horreurs ?     

« (…) Grande roue après ? Il paraît qu’on voit toute la ville. Mais quel froid de gueux, par contre. La dernière fois, j’ai failli perdre mon portable… Heureusement que… »

Devant le stand de confiseries, il y a du monde. Les gens sont indisciplinés ; au lieu de se placer en file, les gourmands se massent anarchiquement par grappes. Pauvre société ! Ça bouffe, ça picole, ça gueule, ça n’a aucune allure. Il s’occuperait bien de ceux-là s’il en avait le temps.

C’est alors qu’il pose les yeux sur ELLE, celle pour qui il a fait tous ces efforts.

Flanquée du logo de la société des jeux la plus célèbre d’Europe, la grande roue se voit de très loin comme un hideux phare urbain. Autrefois, dans son ancienne vie, il y grimpait, ne fut-ce que pour ressentir un peu d’adrénaline. Désormais, il la voit comme un furoncle immonde sur le dos de la capitale. Il ne la supporte plus, rien que sa vue l’exaspère, elle est le symbole de cette société putréfiée.

Dans son sac à dos, enroulé autour de ses épaules, il a calé entre des mètres de papier-bulle, une bombe artisanale. Il n’aura qu’à déposer ses charges dans l’une des nacelles sous les sièges – le sac est blanc, il sera presque invisible – qu’il quittera après le tour de rigueur. Ensuite, après s’être éloigné suffisamment, il n’aura qu’à actionner le détonateur.

En s’approchant de la monstruosité de métal, un doute l’assaille. Et si les charges n’explosaient pas ? Il se met à transpirer. Que ferait-il si cela ne fonctionnait pas ? Son pas ralentit alors qu’il s’approche de la file de celles et ceux qui attendent devant la grande roue en dévorant des churros, des gaufres et autres immondes sucreries. Aucun garde n’est posté à l’entrée pour demander aux gens d’ouvrir leur sac. En revanche, deux agents postés non loin de là portent sur la foule un regard las. Ils sont sans doute de faction pour rassurer le peuple, mais ils ont l’air de s’ennuyer plus que des gamins à un repas de charité.

Il braque ses yeux vers le sol afin d’éviter leur regard, puis il se rend compte qu’il fait tout pour attirer leur attention, il doit faire l’effet d’un acteur de cinéma mal dirigé. Il ne doit pas se faire pincer, pas si près du but.

L’homme se redresse, pas trop car le sac est pesant, puis se place en bout de file. À vue de nez, il ne montera pas dans la nacelle avant une dizaine de minutes, si pas davantage. Il se demande si, tout compte fait, il ne devrait pas actionner ses charges maintenant. Il n’aurait qu’à déposer discrètement son bagage et faire semblant de prendre un appel en s’éloignant lentement, il possède un vieux portable qui le fonctionne plus depuis belle lurette, mais il ferait sans doute illusion quelques instants.

Soudain, tout lui parait beaucoup moins évident que lors de l’élaboration du plan. A-t-il la berlue ou les flics se sont rapprochés de lui ? Il trouve que l’un d’eux le regarde avec trop d’insistance et porte la main à sa ceinture, sans doute pour appeler des renforts.

L’individu ne tient plus et rompt les rangs, trop vite, il n’a pas eu trop le temps de réfléchir… Il fait un pas, suivi d’un autre, son cœur pompe à toute berzingue, ses mains sont tellement moites qu’il serait incapable de tenir quoique ce soit, il sent les veines de ses tempes pulser. Il en est sûr, il va exploser avant sa bombe.

 

 

  1. Bio

 

Auteur de nombreux romans et recueils de nouvelles parus chez différents éditeurs, Gauthier Hiernaux est un auteur belge francophone né à Mons en 1975 et résident à Bruxelles depuis les années 2000.
Il est licencié en Langues et Littératures romanes de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et possède une agrégation de l’enseignement supérieur.
Il est formateur en informatique depuis plus de vingt-cinq ans et partage sa vie entre sa famille, son travail et ses activités littéraires.

 

  1. Résumé

 

Bruxelles, 18 décembre, Plaisirs d’Hiver (Marché de Noël de Bruxelles)

Un engin explosif provoque la mort de dizaines de citoyens, dont la fille de la Ministre de l’Intérieur. 

À un an de la retraite, le Commissaire-divisionnaire Abel Van Dockx se voit confier les rênes d’une cellule extraordinaire destinée à arrêter le coupable. Cette traque le mènera à côtoyer de nombreux milieux, des bas-fonds de la capitale aux nobles familles belges.

Tandis que Van Dockx remonte péniblement la piste, il combattra un autre adversaire qui lui dévore peu à peu les poumons et contre lequel il ne peut rien.

4 mars 2026

Trailer de "Tu sais, toi ?" de Philippe Hocepied

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