Source : Aloys

La route à suivre

 C’est la déroute, je le redoutais, les dés sont lancés mais le jeu n’envisage rien de bon. Tous dans le même bateau, et pourtant si seuls, nous tenons bon, certains mieux que d’autres. C’est une question d’équilibre, garder le cap, ne pas faire fausse route. Et pour éviter le pire, laisser aller la plume, pour que viennent se former des mots qui tiennent la route, à défaut de se jeter dans la soute. Tous dans le même bateau, l’esprit à l’étroit, le corps tordu, avec, au-dessus de nous, il suffit de lever les yeux, ou de tourner les pages, tant d’espace pourtant…

 Les yeux fixés sur la partition d’un menuet en si bémol majeur de Bach, dont j’essaie de laisser échapper les notes d’un piano blanc, mon morceau est très vite interrompu par l’arrivée d’une nuée d’oiseaux en migration, que je vois passer à toute vitesse, entre deux toits voisins : un ballet aux couleurs rougeâtres de toute beauté vient émerveiller mes yeux.  Ma curiosité prend le pas et interrompt de suite le menuet.  Étrange cette couleur… serait-ce une espèce aux tons lie de vin, comme le pinson des arbres, qui migre en masse depuis quelques jours ?  Comme pour me sortir de mon rêve, un nuage d’oiseaux noirs, de taille différente, et moins rapide, passe, pour me prouver le contraire.  Je me replonge dans le menuet, et quelques portées plus loin, un même spectacle de plumes s’impose devant moi, d’abord en rouge, et puis en noir, et ce, à trois reprises.  Un peu plus haut, un nuage aux tons rosés, est témoin, lui aussi, ou est-il complice de ce jeu, filtrant les derniers rayons du soleil et les projetant sur ces oiseaux ?  Et si tout ceci n’était autre qu’un message d’amour, dont la terre a tant besoin ?

 

« Vers le Ciel, où son œil voit un trône splendide, le Poète serein lève ses bras pieux, et les vastes éclairs de son esprit lucide lui dérobent l’aspect des peuples furieux. »

Charles Beaudelaire