Auteur : Carine-Laure Desguin
Titre : Le transfert
Editeur : Editions Chloé des Lys
ISBN : 978-2-39018-062-3
Prix : 15,70€

Poids du livre = 115 grammes
Dimensions = A5

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RESUME
Le Transfert, pièce en trois actes qui raconte une histoire décalée et absurde à gogo. Les dossiers médicaux d’un hôpital se perdent dans les poubelles des ordinateurs et les patients ont désormais le statut d’inexistants ! Docteur, où dois-je inscrire les paramètres de ce non-patient? Dans le non-temps ?
La première lecture mondiale de cette pièce déjantée a eu lieu le 4 février 2018 au Centre Culturel de Frameries, dans une mise en voix d’Eryk Serkhine (Box Théâtre de Mons).

BIOGRAPHIE
C.-L. Desguin aime sourire aux étoiles et dire bonjour aux gens qu'elle croise. Elle a commis pas mal de choses en littérature, un roman, des recueils de poésies et de nouvelles ; et dans d’autres espaces aussi. C.-L. Desguin a publié de nombreux textes dans des collectifs, entre autres elle a frappé très fort aux Éditions Jacques Flament. Cette intrépide a enregistré un slam et dans son palmarès, quelques Prix et entre autres en 2014, le Prix Pierre Nothomb. C.-L. Desguin est collaboratrice pour le Salon du Livre de Charleroi (Alchimie du Livre) et chroniqueuse pour www.actu-tv.net, une webtélé pour laquelle elle met en évidence, par des interviews parfois pertinentes et acides, des personnalités de sa région, le Pays Noir. Ses textes poétiques (ou pas) se lisent dans des revues littéraires et plusieurs d’entre eux furent mis en musique par Ernest Hembersin. C.-L. Desguin est membre de l'Association des Écrivains Belges, de l’Association Royale des Écrivains et Artistes de Wallonie, des Artistes de Thudinie et du Cercle Littéraire Hainuyer Clair de Luth. Ses deux dernières publications : Le Transfert, théâtre, éditions Chloé des lys, 2018 et À chaos, chaos et demi, poésies, éditions La p’tite Hélène, 2018.

EXTRAIT :
……

L’infirmière Voici ce, ce …, docteur, le voici !

Le docteur(opinant de la tête, se grattant le menton, réfléchissant intensément) Encore un ! Un de plus !

L’infirmière (rigide) Oui docteur, il en est ainsi, désormais. Nous ne pouvons plus inverser le processus. Le Comité Central décide. Sa décision est irréfutable. Irréfutable.

Le docteur Il est donc trop tard, le processus est lancé !

L’infirmière Le processus démarre bien ! Très bien !

Le docteur Encore un ! Un de plus !

L’infirmière Eh oui, docteur, un de plus.

Le Patient est assis sur son lit. Il tourne la tête vers celui ou celle qui parle. Pas de désarroi dans son regard. Uniquement de la résignation.

Le docteur Le comité Central trouvera une solution. Ou n’en trouvera pas. Cela est-il voulu ou pas ? Tout est possible. Les interrogations me submergent. Tout cela est tellement étrange.

L’infirmière Tout est possible, docteur, tout.

Le docteur Êtes-vous certaine que pour celui-ci aussi… ?

L’infirmière Certaine, docteur. Pour celui-ci, aussi, il en est ainsi.

Le docteur Un de plus !

L’infirmière Oui docteur, un de plus !

Le docteur Un de plus !

Le docteur Oui, docteur !

Le docteur Encore un !

L’infirmière Les couloirs deviennent trop étroits. Ce procédé est la seule solution. Et puis, nous devons vivre avec notre temps et un hôpital se doit d’être à la mode ! On suit le mouvement ou pas ! Soyons progressistes !

Le docteur Un de plus !

L’infirmière (toujours sur un ton froid et d’une voix blanche) Un de plus, oui, docteur.

Le docteur Incroyable !

L’infirmière C’est la réalité, docteur.

Le docteur (réfléchissant et articulant le mot) La REALITE ! Et dans cette réalité, un patient n’existe pas ! Est-ce donc possible de ne pas exister dans une réalité ? Eh bien oui, ici, c’est possible !

L’infirmière (d’une voix appuyée, sûre d’elle) Oui, c’est la réalité, docteur, ce patient n’existe pas, il ne rit pas lorsqu’il voit un clown et il veut jouer à un jeu qu’il considère comme une punition. Tout ceci nous fut encore confirmé voici quelques minutes à peine. Je vous le répète, ce patient n’existe pas. C’est la réalité, docteur.

Le docteur Et dans cette réalité, il y aura bientôt plus de patients qui n’existent pas que de patients qui existent. Un comble ! Quelle réalité ! Quel échec pour la médecine ! Quel échec pour le monde politique ! Quel échec pour la nation ! Des patients qui n’existent pas !

L’infirmière Oui, beaucoup, beaucoup d’inexistants. Chaque semaine amène un lot supplémentaire d’inexistants. Docteur, le Comité Central nous le demande instamment, ce mot patient est interdit dans ce cas, ne l’oubliez plus. Merci.

Le docteur (marquant son sentiment par une grimace et s’adressant au patient) Alors, mon brave, il paraît que vous n’existez pas !

L’infirmière Docteur, un peu de psychologie. Merci de sélectionner vos mots.

Le docteur Sélection, sélection…

Le patient (résigné, comme s’il s’attendait à ce nouveau statut) Le robot m’a remis un carton blanc. Un carton blanc, d’un blanc presque transparent. C’était le signe. Je m’en doutais. C’est comme ça, lorsque les souvenirs deviennent douloureux, on glisse vers la voie de la non-existence. J’ai lu tout cela dans une certaine littérature. Mais j’ai si mal de me souvenir. Alors, j’abandonne.

Le docteur Je ne vous apprends rien. Vous ne guérirez pas de cette inexistence. Cette pathologie est incurable. Il se dit que des recherches sont en cours…

L’infirmière Docteur, l’inexistence est un état, et pas une maladie !

Le docteur Il me plaît de penser qu’un patient sur un lit d’hôpital souffre d’une pathologie ou l’autre. Pathologie qui reste à déterminer. Dans le cas contraire, tout deviendrait inquiétant.

L’infirmière On ne guérira jamais de l’inexistence. L’inexistence est un état. L’inexistence n’est pas une maladie.

Le docteur Quels sont donc les paramètres de cet inexistant ?

L’infirmière On est dans l’incapacité de prendre les paramètres d’un inexistant ! Où voulez-vous inscrire les paramètres ? Dans le non-espace ? Et les heures des prises de ces paramètres ? Dans le non-temps ? Docteur, secouez-vous et n’oubliez pas que le Comité Central reste à l’écoute!

Le docteur Oui, je comprends, je comprends. Les paramètres ne se prennent pas car il est impossible de les transcrire. Bien que le thermomètre, le tensiomètre et le saturomètre soient eux, bien réels. Et vous, mon brave, vous comprenez, n’est-ce pas ?

L’infirmière Docteur, sélection des mots, sélection des mots. Merci. Et je persiste à le dire, les paramètres ne se prennent pas chez un inexistant.

Un temps

Le patient (parlant très lentement) Je commence à vraiment, vraiment tout comprendre. L’inexistence est belle et bien incurable. De nos jours, hélas, les inexistants tombent dans l’oubli le plus total, ils n’intéressent encore personne. Nous ne sommes pas assez nombreux. Je suis un inexistant. Je suis un incurable. Je suis un inexistant. Je suis un incurable. Je ne ris pas lorsqu’un clown s’approche de moi. Je suis un inexistant. Je suis un incurable. Mes souvenirs me font mal, très mal.

L’infirmière C’est d’ailleurs bien normal ! C’est logique ! Les inexistants n’ont pas de dossiers ! Leurs dossiers se sont engloutis dans le néant virtuel. La prise des paramètres reste impossible ! Comment voulez-vous effectuer des recherches alors que les dossiers de base n’existent pas ?
Et que justement tout laisse à supposer que ces dossiers sont tombés dans le néant virtuel afin de procéder à une élimination naturelle. On ne peut pas soigner ces inexistants puisque ceux-ci deviennent inexistants afin qu’on ne les soigne plus ! Ceci est bien une élimination naturelle, docteur !