Micro Âme, éditions Chloé des Lys, 2015

Micro Âme, des agglomérats de mots, des blocs étanches qui ne laissent passer que ce que seule l’auteure désire. On sent la volonté jusqu’au boutiste de cracher les mots, sans concession et sans débats préalables. Le lecteur est pris au pied d’un mur épais, il est impossible de survoler les pages, il faut les creuser, malaxer leurs humus. L’œil d’Emilie Décamp scrute, il veille. Ça commence par un élan d’amour envers l’être aimé, des mots réalistes qui relatent la pleine conscience de l’auteure face à sa faiblesse et à l’incertitude des lendemains. Le ton est lancé. Grave. Les mots explosent. Les phrases n’ondulent pas, elles surfent sur des eaux tempêtueuses qui éclaboussent et éraflent les espoirs de nos ciels trop azurés. Les mots doivent gicler pourtant, c’est comme ça. Pour déchirer les peaux et mettre à nu des chairs déjà exsangues d’avoir laissé couler tellement de mots-maux.

Des calligrammes, parfois. Respirations dans ce recueil format A6, facile à glisser dans nos tissus.

Et il y a ces allées et venues entre le passé, caillouteux peut-être, et les incertitudes de l’avenir. Au cœur d’un monde à travers lequel coule le sang, un monde qui sue des débris de silence et qui provoque les ricanements des haines qui ne lâchent rien. A part ses loups aux dents aiguisées.

L’écriture d’Emilie Décamp m’a giflée. Et bordel, ça fait du bien, ces claques-là.

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog.com

 

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