Auteur : Christine Brunet

Titre : Nid de vipères

Editeur : Editions Chloé des lys

ISBN : 978-2-87459-531-8

Prix : 20 euros

535 gr, Format A5, 407 pages, Genre policier/thriller

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Un savant fou, un virus tueur, des personnages ambigus… Un jeu de dupes pour une fin programmée.

Le commissaire divisionnaire Aloys Seigner, nouvellement nommée à la tête de la police judiciaire de Paris, est confrontée à une série de meurtres curieux qui l’entraîne sur les traces d’un  psychopathe eugéniste et d’une substance capable de modifier la chaîne ADN humaine.

De Tahiti à Malte en passant par Paris, Hong Kong, et la jungle birmane, les personnages sont trimbalés par des évènements qu'ils ne parviennent pas toujours à maîtriser.

Une enquête aux rebondissements multiples.

Premières pages

HALLUCINATIONS

 

            Il rentra en taxi chez lui, prit une douche et s'allongea pensivement dans le hamac installé sur la terrasse de son chalet. Il avait pensé, un moment, se mettre à la recherche de la fille aux yeux bleus qu'il avait entraperçue quelques heures plus tôt mais il y avait renoncé : elle ne représentait que le visage de son fantasme. Il ferma les paupières et rappela l'image devant ses yeux. Impossible... Déjà son rêve s'effaçait comme tous les rêves... Il se concentra sur le souvenir lointain, en vain. Il se rassit et agacé, se prit la tête entre les mains et se laissa aller au désespoir de la perte. Peut-être que quelques verres de whisky...

Il se rallongea, hésitant, et s'endormit enfin.

 

            Une douce caresse sur sa joue barbue le tira avec un gémissement de son sommeil lourd. Il ouvrit les yeux et découvrit le regard de son fantasme penché sur lui, visiblement baigné d'inquiétude. Il s'assit d'un bond, sans croire à ce retour et faillit tomber tant il fit tanguer la toile suspendue. Elle sourit en le stabilisant, le front plissé.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? lui demanda-t-elle d'une voix intriguée.

Il s’assit sur le bord du filet instable. Elle hésita un instant et prit la main à sa portée.

- C'est toi ? Vraiment ?

- Bien sûr, lui répondit-elle avec douceur. Ton appel m'a surprise... Après tout ce temps...

Il passa outre la dernière remarque.

- Est-ce que tu es vraie ?

En constatant sa surprise, il ajouta :

... Je veux dire... Est-ce que ceci est la réalité ou... un autre rêve...

Elle leva un sourcil.

- Nils, pourquoi m'avoir rappelée après toutes ces années de silence ?

Totalement perdu, il porta la main à ses lèvres et baisa un à un les longs doigts brûlants.

- Je ne sais plus où est la réalité et où est le rêve... Il y a quelques jours, ton nom était celui d’un homme, et...

 

            Il se tut soudain, suspicieux. Et s'il était en fait sous le coup d'une drogue quelconque, prisonnier, victime d'une machination perfide pour le faire parler ? Le procédé n'était pas nouveau. Lui-même était passé maître en manipulation mentale. Il contempla la main qu'il tenait toujours avec une drôle d'impression dans la gorge. Un coup, il était chez lui, un coup chez elle... Ses yeux se fixèrent sur ses doigts à lui puis sur le visage de la femme à ses côtés et le paysage derrière. Il blêmit, serra les mâchoires et se rallongea.

- Nils... Dis-moi ce qui ne va pas...

- Je... Je ne sais plus qui je suis... Je... murmura-t-il d'une voix faible. Je ne comprends plus... Je... Aide-moi...

 

            Il ferma les yeux, sa tête se déporta mollement sur le côté. Il relâcha la pression sur la main qu'il tenait toujours. Elle la lui retira sans qu'il tente de la retenir.

 

Des bruits tout près : on approchait, on l'observait...

- Alors, qu'est-ce qu'on fait ? chuchota une voix féminine, celle qui lui parlait sans relâche dans ses rêves. Ça fait des jours qu'il nous balade en nous racontant des inepties sur Oswald.

- C'est un agent surentraîné, voilà tout, remarqua une voix d'homme, celle que, dans son fantasme, il avait attribuée à son équipier, John. Il ne dira jamais où est le second carnet !

- S'il le sait… On est allé avec lui plus loin qu'avec n'importe qui et il a joué le jeu... Il nous l'aurait avoué s’il savait quoi que ce soit...

- Encore quelques doses et...

- Son cerveau ne tiendra pas le choc. Regarde ce qui est arrivé à son chef de section... Déjà, tout s’emmêle, le vrai et le faux... Non... Notre seule chance, c'est de le ramener chez lui et de le mettre sous surveillance. S'il sait quelque chose ou s’il est impliqué, il se découvrira forcément. Dans le cas contraire, on trouvera bien une autre piste à creuser, l'un ou l'autre de ces anciens collègues, par exemple... Le fameux Mac dont il nous a parlé...

 

            Un bref silence suivit tandis que le cobaye, toujours immobile, tous ses muscles parfaitement relâchés, ne perdait pas une miette de la conversation.

- Je vais en référer à Meyers... Peut-être exigera-t-il son élimination ? En attendant, il ne doit pas émerger...

            Son corps sous contrôle total, il ralentit son rythme cardiaque lentement mais inexorablement : il devait à tout prix éviter une autre injection et reprendre en main le cours des événements.

- Je ne crois pas que ça soit utile... Regarde le tracé !

- C'est pas la première fois que le cœur flanche mais cette fois, peut-être... Qu'est-ce que tu en dis ?

- Laissons-le mourir... De toute façon, il ne nous est plus d'aucune utilité...

 

            Le cœur s'arrêta et les électrodes fixées sur la poitrine nue lancèrent leur signal continu repris par un sifflement d'alerte. Les doigts virils appuyèrent sur la carotide puis retirèrent les électrodes sans ménagement. Il en avait partout, sur les bras, les jambes, les testicules, le visage et le crâne.

            S'il n'avait pas été aussi bien entraîné, il se serait trahi lors du retrait des aiguilles implantées à même le cerveau. On l'enferma dans un sac plastique. Son cœur reprit très lentement ses battements tandis que la respiration restait contrôlée pour optimiser la maigre réserve d'air. On le transportait dans un hélicoptère : il entendait distinctement le bruit sourd les pales...

 

            Ean MacLeod, son chef de section, était mort, sans doute sous la torture... Même chose pour son équipier. De quoi se souvenait-il, au juste ? De la mission de sous-marin auprès de Nicolas Oswald, une grosse légume de la côte est des Etats Unis, a priori en cheville avec les Triades chinoises. Des mecs qui leur étaient tombés dessus dans le parking souterrain de leur hôtel. Ensuite, que s'était-il donc passé ?

            Il sentit qu'on empoignait le sac... Et on le balançait dans le vide. Un choc rude qui le sonna quelques instants puis une descente lente... Il était dans l’eau, sa prison de plastique lestée. Déjà le liquide suintait dans la poche non hermétique. Son cœur retrouva un rythme normal. Il se força à attendre encore quelques secondes puis chercha l'ouverture. Une fermeture Eclair qu'il parvint à faire coulisser en retenant sa respiration. Il passa à l'extérieur et chercha des réponses sur sa situation exacte. Il était peut-être en pleine mer à plusieurs mètres de profondeur. Au-dessus, aucune trace de bateau ou d'agitation de surface. Souhaitant que ses ravisseurs n'aient pas demandé leur reste, il remonta et creva la surface avec un vrai soulagement, en manque d'air.

L'auteur

Christine Brunet est née dans le sud de la France. Passionnée de langues, après des études de russe, elle étudie le tchèque à Prague puis l’arabe au Caire.

Grande voyageuse, rédactrice en chef d’une revue littéraire belge « Les petits papiers de Chloé », présentatrice d’une émission culturelle mensuelle, Actu TV, elle poursuit sans relâche son travail d’écriture.

Après Nid de vipères, Dégâts collatéraux, Le Dragon bleu, E16 et Non Nobis Domine, Poker menteur est son cinquième thriller.