Taches d’encre de Martine Dillies-Snaet (*) ---------- Editions Chloe des Lys

Commentaires de Bob Boutique

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Je l’ai déjà dit et le répète, rien n’est plus impudique qu’un recueil de poèmes. Lire des poèmes, c’est… comme si on regardait par le trou d’une serrure dans l’âme de quelqu’un. Avec son accord sans doute, mais quand même… Je suis toujours un peu gêné lorsque je referme le livre.

J’aime bien son titre « taches d’encre » et préfère curieusement le verso au recto. La couverture nous montre une statue représentant deux amants (hélas, on oublie de nous préciser de qui elle est) sans plus. Au verso en revanche, on trouve à côté de la photo de l’auteure, une courte biographie et un petit texte que je trouve vraiment chouette !

Vous avez le livre en main, c’est bien ! Surtout ne le déposez pas tout de suite ! Pour une fois que vous prenez un livre de poésie en main. Ce livre est un livre à prendre, à feuilleter, à corner, à déposer, à reprendre, à laisser traîner… un peu comme on dépose le long de son chemin les vieux objets aimés’. Que c’est joliment dit.

Quant à la tranche, elle est illisible. Autres petits regrets : pas d’adresse mail, ni d’adresse de site pourtant bien utiles.

Pour le reste, c’est un objet convenable, bien imprimé. Mais ce qui compte, ce sont les soixante poèmes qui s’y trouvent et se lisent comme de la prose, avec des textes d’une simplicité extraordinaire, directs, vrais, tendres, murmurés et toujours à la limite de la passion.

***

Le thème : l’amour.

En gros, Martine Dillies-Snaet aurait pu nous recopier le verbe aimer à tous les modes et tous les temps ( indicatif, subjonctif, conditionnel… sans oublier le gérondif ) et elle aurait bouclé son recueil en s’épargnent bien du travail.


Pas une page, pas un paragraphe où ne reviennent des mots comme ‘aimer’ ‘vivre’, ‘tendresse’, ‘sourire’, ‘femme’,’homme’,’toi’, ‘douceur’, ‘caresse’ et ‘sentiment’. Ce sont les couleurs pastel qui forment sa toile, avec toutefois quelques grosses taches d’encre rouge ou sombre pour la sensualité, omniprésente, et la complexité des sentiments. Car aimer, n’est pas une chose aisée.

Aimer, c’est aussi garder une part de mystère :
 ‘ ne pas enfermer, laisser le rêve libre’, ‘Mon nuage, c’est mon voyage et sans lui je ne peux vivre…’

Aimer, c’est encore rester fidèle : ‘Elle est déjà liée, lui aussi est attaché. Pas de liaison, ne faisons pas l’con.’, ‘Ce sont les clandestins, des couples sans matins, sans soirées, sans lendemains, les voleurs d’ombre. Aimer, c’est la difficulté de vivre ensemble : ‘Ensemble à se déchirer, à se rejeter, s’arracher, s’attacher…’, ‘J’ai pris le risque de t’aimer…’

Aimer, c’est se réinventer chaque jour : ‘la femme à conquérir, toujours. L’homme à retenir… c’est dur !’, ‘Oh que j’ai mal d’indifférence..’

Et puis les corps ! Martine en parle avec une finesse qui m’émeut. Car on sent, sous les symboles et les images poétiques, une crudité qui m’interpelle. Et dieu sait (toujours avec un petit d) si sur ce plan, je suis capable de vulgarité gratuite.

Envie de sentir l’étendue de ta délicatesse
Se déposer sur mon ventre consentant
Et de découvrir la profondeur de ma tendresse
Pour t’en recouvrir, homme aimant.’

‘Quand les reins se cambrent
Quand nos corps se mettent en prière’

‘Je-suis-vêtue-je-suis-habillée !
En silence, je te crie, je te hurle : TOU-CHE-MOI !
Déshabille-moi ! Chuuuuut !’
 

Tout est-il de la même eau ? Non. Il y a aussi quelques thèmes différents et même (c’est forcé ) quelques vers que j’ai moins aimés ou pas très bien compris. Comme ces poèmes de Noël par exemple, mais là c’est certainement le bouffeur de curé qui parle.

Citons en vrac parmi mes préférés :
‘Et attendre un peu’, ‘C’est confidentiel’ et surtout ‘Ik houd van toi’ dont on a déjà parlé sur ce forum. Car je m’étais vanté imprudemment de pouvoir le mettre en musique, oubliant qu’il s’agissait de vers libres, donc difficiles, sinon impossibles à mettre en couplets.

Je n’ai jamais rencontré l’auteur, mais j’ai l’impression après avoir lu son
recueil, que je la connais déjà un peu et que les préliminaires ne seront plus vraiment nécessaires lorsque nous nous ferons connaissance. J’ai vu ses taches d’encre et tout psychologue vous dira que les interpréter, c’est se dévoiler.

 

 

Bob Boutique

 

(*) http://users.skynet.be/TheDillies/