Editions Chloé des Lys

18 janvier 2022

Un portrait de Séverine Baaziz dans la revue "Lettres capitales"

Source : Aloys

Qui êtes-vous, où êtes-vous née, où habitez-vous ?

Je m’appelle Séverine Baaziz, j’ai 43 ans, je suis née à Amnéville et je vis à Briey, en Lorraine.

 Vivez-vous du métier d’écrivaine ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

Comme beaucoup d’auteurs, dans la vraie vie, j’exerce une autre profession. Depuis 22 ans, je suis développeur informatique dans une société luxembourgeoise. En d’autres termes, je participe à l’évolution d’un logiciel de comptabilité et de finance. Un métier fait de chiffres, d’algorithmes et de millions de lignes d’instructions. Qui sait si cela n’a pas nourri mon envie d’écrire autre chose, d’écrire pour de bon.

Comment est née votre passion pour la littérature et surtout pour l’écriture ?

J’ai toujours aimé les livres. Ceux que je feuilletais sans savoir encore lire et ceux qui, plus tard, attendaient sagement que je m’intéresse à eux en bibliothèques et en librairies.

Pour ce qui est de l’écriture, après quelques griffonnages de poésies et deux ou trois histoires rapidement avortées, c’est à l’âge de trente-cinq ans que je m’y essaie sérieusement. Mon fils a alors six ans et il me pose une foule de questions existentielles sur le paradis, la vie après la mort et sa crainte de perdre ceux qu’il aime. D’une certaine façon, c’est lui qui m’a offert le sujet de mon premier roman. Une bonne raison d’aller cette fois-ci jusqu’au bout.

Quel est l’auteur/le livre qui vous ont marqué le plus dans la vie ?

Du plus loin que je me souvienne, le premier livre à m’avoir marquée, ce sont les Contes de Grimm, une belle édition de 1984 que j’ai toujours. Je devais avoir sept ans. Je ne comprenais pas tout, mais les histoires me fascinaient, m’attiraient, comme un mystère à percer. Bien des années plus tard, j’ai découvert avec bonheur que les contes n’étaient pas réservés aux enfants, avec L’alchimiste de Paulo Coelho ou encore Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran de Eric-Emmanuel Schmitt. Je reste une friande du genre. Et puis, il y a ces livres lus plus tardivement qui ont été de véritables révélations : La Vie devant soi de Romain Gary, pour sa fausse simplicité d’une puissance folle ; La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel, pour sa délicatesse et sa profondeur ; ou plus récemment les romans de Gilles Marchand, pour leur façon si singulière d’aborder des sujets difficiles en mêlant légèreté, poésie et touches surréalistes.

Quel genre littéraire pratiquez-vous (roman, poésie, essai) ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

Je n’ai pour le moment publié que des romans, mais la nouvelle est une forme qui me plaît beaucoup aussi. 

Et s’il fallait parler du style de romans que j’écris, je dirais qu’ils flirtent avec le réalisme magique, jouant avec les ficelles de l’imaginaire et de l’absurde pour dire et peindre le monde qui les entoure. 

Comment écrivez-vous – d’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

Je n’ai pas de règles strictes. Il m’arrive d’écrire d’un trait, mais aussi de faire des sauts dans la narration en insérant trois étoiles afin d’y revenir plus tard. J’essaie d’être à l’écoute de l’inspiration du moment.

Trois de mes romans sont à la première personne et un seul autre, à la troisième. Le choix se fait naturellement, mais en y réfléchissant un peu, quand il y a un personnage central, c’est vrai que ma préférence va à la première personne. Une façon de me glisser plus facilement dans la peau du narrateur.

 D’où puisez-vous les sujets de vos livres, et combien de temps est nécessaire pour qu’il prenne vie comme œuvre de fiction ?

Pour tout dire, je me sens souvent comme une étrange bestiole à antennes. Tout stimule mon envie d’écrire. Mon quotidien, l’actualité, un bon film, un bon livre, une chouette chanson, une expo, une rencontre. Mais quand je suis dans l’écriture du premier jet d’un roman, j’essaie de les mettre un peu en berne, ces antennes, pour qu’elles ne me distraient pas trop du propos à servir pour le moment.

Quant à la durée, plus ou moins une année. Sauf pour le roman en cours d’écriture qui a décidé de compter plus de pages que les précédents.

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

Quand je commence un manuscrit, je lui choisis un titre, mais presque systématiquement ce n’est pas celui que je garde au final. Je crois bien que j’ai besoin de terminer le roman avant de lui choisir un porte-voix.

 Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages et comment les inventez-vous ?

Au risque de paraître un peu hallucinée (alors que, parole de scout, je ne prends aucun stupéfiant), je dirais que mes personnages existent et qu’ils me rendent visite. Un peu comme si j’avais des tas de parents éloignés qui, sur invitation, venaient se raconter, partager avec moi leurs souvenirs, leurs confidences et que je me contentais de tout consigner sur papier. Je les observe, je les écoute, et je leur souris avec une infinie gratitude, parce que ce qu’ils font, je ne saurais pas le faire. Et puis, l’histoire se termine et je les perds de vue, sans les oublier pour autant, comme ça se passe parfois dans les véritables familles. 

Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets. 

Mon dernier roman s’intitule La petite fille aux yeux d’or. C’est un ouvrage qui s’approche du conte. L’histoire d’une enfant de huit ans qui se découvre un don : une vue exceptionnelle qui décèle le minuscule, le lointain et l’invisible. J’avais envie de parler d’enchantement, de la beauté de la nature, d’amour filial et de la puissance des souvenirs heureux.

Sinon, comme mentionné plus haut, j’ai un cinquième manuscrit en cours d’écriture, dont la première version touche à sa fin. En fil rouge, la différence et le droit aux nouvelles chances.

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16 janvier 2022

OLIVIER VOJETTA : Sept Endroits où disparaître / Disappear (Edition bilingue)

Auteur : OLIVIER VOJETTA

Titre : Sept Endroits où disparaître / Disappear (Edition bilingue)

Editeur : Editions Chloé des Lys

ISBN : 978-2-39018-181-1

Prix : 22€

Poids du livre : 300 g.

Format A5

Nombre de pages : 172 pages.

 

 

 

 

BIOGRAPHIE COURTE

 

Olivier Vojetta, né en 1976 à Nancy, est un nouvelliste et romancier français vivant à Sydney depuis 2012. Qualifié d’écrivain-voyageur, il met en scène, dans des romans parfois inspirés de fait réels, et dans des textes courts (nouvelles et poèmes), des personnages ayant recours à la fuite, dans le temps ou dans l’espace, pour échapper à leur passé, à la violence, à la pauvreté, et plus souvent encore, à eux-mêmes. Il est l’auteur d’un roman très remarqué, Courir encore (Ed. Maïa, 2020), et sa nouvelle Décalcomanie a été finaliste du Prix Littéraire Alain Decaux de la Francophonie en 2019.

 

 

Court Extrait :

 

 

CHAQUE JOUR, C’EST la même chose, j’attends ce moment tout en le redoutant.

— Clac !

Le loquet de cuivre lourd qui cède. Les vibrations qui se propagent. La grande porte en fonte qui s’ouvre devant moi.

— Clac !

La porte qui, tout à coup, se ferme dans mon dos. Le bruit qui viole les cavités internes de mes oreilles, le conduit auditif, mon cerveau.

C’est une constante dans ma vie : les portes, le bruit des portes, attendre qu’une porte se ferme avant de pouvoir ouvrir la suivante. Pas un jour ne passe sans que je me glisse entre les portes de ce gros millefeuille de murs, de barbelés et de miradors.

Pourtant, ce matin, tout me paraît plus difficile. Il ne s’agit que de faire quelques pas, mais ce n’est pas simple. Je progresse – lourdement, lentement, presque douloureusement.

— Clac ! Clac !

La deuxième porte du sas s’ouvre puis se referme derrière moi, je me retrouve dans un grand couloir obscur, balisé par quelques ampoules jaunasses et néons défaillants postés de loin en loin. Îlots improbables et tremblotants qui diffusent une lumière fantomatique, comme venue d’un temps ancien.

 

Résumé

 

Un écrivain est quelqu’un dont l’obsession première est de faire en sorte que le mot et ce qu’il désigne ne fassent plus qu’un. Il vit toujours dans le fantasme que les mots donnent à la réalité son cadre. Et lorsque l’on a une seule idée en tête, se débarrasser de ses souvenirs d’enfance devenus des embrasements de douleur, noyer cette souffrance sans plaisir ni regret, il n’est pas étonnant que l’on choisisse les mots pour se proposer un autre monde. Les mots font du trapèze, du fauteuil roulant, du youyou sur le fleuve, et bien d’autres choses encore, autrement plus sérieuses. Les mots font vivre les êtres. Et les mots créent un cosmos de substitution qui n’est pas simplement imaginaire. La littérature n’est pas seulement de l’ordre de la fiction. C’est une possibilité d’univers différent, ni au-dessous, ni au-dessus, mais à côté, et dont la légitimité est la même que ce qu’on appelle “la vraie vie”. Celle qui pique, celle où on tombe, où l’on se fait mal. Dans un livre, on peut tomber. Dans un livre, on peut se faire mal. Dans un livre, on peut partir à la guerre. Dans un livre, on peut se faire frapper. Dans un livre, on peut mourir. Dans un livre, on peut même disparaître.

 

Le point commun le plus évident aux nouvelles réunies ici est qu’elles m’ont permis de me soustraire au monde, et à moi-même. Certaines ont été publiées, dans divers recueils collectifs, puis sont devenues introuvables. Conformément à ce que je viens de dire, j’espère qu’elles pourront servir à d’autres que moi. Qui, en effet, n’a jamais eu envie de disparaître au moins une fois dans sa vie ? Disparaître par une trappe qui soudain s’ouvrirait sous les pieds du fauteuil. Pof ! Un trou, une oubliette, rien de plus, rien de moins. Le cliché de la trappe, nous sommes nombreux à y avoir pensé, comme ça serait commode ! Oui mais voilà, dans la vraie vie, cela n’existe pas. C’est, en somme, la raison d’être de cette publication.

 

 

 

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14 janvier 2022

Un extrait de Meurtres Surnaturels, volume I : Les Métamorphoses de Julian Kolovos par Joe Valeska

Source : Aloys

 

Sofia / Dimítrios

 

Un extrait de Meurtres Surnaturels, volume I :

Les Métamorphoses de Julian Kolovos

 

Par Joe Valeska



 

Après une intense querelle avec Sofia, Dimítrios, une bouteille d’absinthe à moitié vide dans une main, ses cahiers dans l’autre, avait décidé de redescendre au rez-de-chaussée, histoire d’écrire quelques pages. Avec de la chance, un chapitre tout entier ou peu s’en faut. Hélas pour lui, il allait en être autrement…

Dimítrios, tu as réellement l’intention de passer la nuit tout entière devant tes maudits cahiers ? Je ne sais pas si tu es au courant, mais les hommes évolués utilisent des ordinateurs, aujourd’hui, le railla-t-elle, mesquine au possible.

– Sofia, s’il te plaît, tais-toi… L’inspiration vient, je la sens.

– Tu la sens ? marmonna-t-elle. C’est très bien… L’un de nous deux sent quelque chose, au moins !

Dans sa jolie nuisette longue en satin rouge cardinal, Sofia fit de son mieux pour se montrer entreprenante, ondulant lascivement sur un flamenco imaginaire qui ne jouait que dans sa tête, mais Dimítrios la houspilla. Elle se contint pour ne pas lui envoyer le premier objet à portée de main au visage et, après avoir tourné en rond comme une lionne famélique autour de sa proie, elle se mit à chantonner, plus incisive que jamais : « Ma chandelle est mor-te, je n’ai plus de feu… » Elle réussit à provoquer la colère de son mari qui lui demanda ce que pouvaient signifier ces insinuations puériles.

– Oh ! Mais rien… Rien du tout, rassure-toi… Allez, écris ! Tu es un écrivain admirable, la planète entière le sait, le brocarda-t-elle sans pitié.

– Je n’ai que faire de tes sarcasmes ! À raté, ratée et demi, rétorqua Dimítrios.

– Parce que je suis une ratée, moi ? Mais tu te prends pour qui, dis ? Oscar Wilde ? H. G. Wells ? Tolkien ? Espèce d’alcoolique, se fâcha-t-elle. Tu le sais, ce que tu es ? Tu le sais ? Un boit-sans-soif ! Voilà tout ce que tu es.

– Mocheté… répliqua-t-il, écœuré. Tu es aussi laide qu’Ornella, à l’intérieur, ma tendre épouse.

– Mal fichu… répondit-elle. À présent, quand je te regarde, je ne vois plus que mes années perdues, Dimítrios… Mon Dieu ! Quand je pense à tous les hommes à qui j’ai dit non… pour toi ! Même David Bowie, si tu veux tout savoir ! Et Prince !

– Il suffit, Sofia chérie… Va te donner en spectacle ailleurs, si ça t’amuse. Je n’ai guère le désir de me disputer…

– Et moi je voulais faire l’amour, Dimítrios ! Si tu continues à me délaisser de la sorte, je vais te faire cocu avec le premier venu, je te préviens ! Moussa, le chauffeur livreur de DHL, je lui plais…

– Eh bien, tu as ma bénédiction ! D’ailleurs, il me vient une idée. Pourquoi tu ne reprendrais pas aussi contact avec ton copain Prince ?

– Non, mais tu te moques de moi, là, Dimítrios ? Méfie-toi… Je plais encore aux hommes. Je peux avoir qui je veux.

– Mais oui… Mais oui… Tu es Kate Moss, c’est sûr. Maintenant, ma douce, sois gentille et fous-moi la paix ! J’ai un roman à écrire et je dois me concentrer.

– C’est ça, concentre-toi… Concentre-toi bien ! Tu te concentres tellement que tu en deviens con tout court, mon pauvre Dimítrios ! Sur ce, bonne nuit ! Mais sache une chose : je ne suis pas prête à te pardonner cet affront !

Sofia quitta la pièce, terriblement déçue et meurtrie… Dans une seconde de lucidité, Dimítrios se leva pour la rattraper, mais, au final, il préféra renoncer pour, à la place, se servir un verre d’absinthe. Il le but cul sec, puis il en but un autre, et un autre, et encore un autre, avant d’abandonner, à son tour, le grand salon. Il n’écrirait strictement rien, cette nuit.

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12 janvier 2022

Hyphes de Xénia Maszowez

Auteur : Xénia Maszowez

Titre : Hyphes

Editeur : Editions Chloé des Lys

ISBN : 978-2-39018-191-0

 

Prix : 19,10€

Format A5

Poids : 180g

125 pages

 

 

 

Biographie :

 

Xénia Maszowez est une poétesse et collagiste écoféministe montoise, née le 9 novembre 1977. Elle habite le charmant village de Nouvelles. Son nom, émaillé de lettres qui comptent triple au Scrabble, est lié aux origines slaves de sa famille, arrivée en Belgique après la seconde guerre mondiale.

 

Licenciée en philosophie (ULB), elle est aussi diplômée en gestion culturelle et formée en éco-conseil. Elle a longtemps travaillé dans une association féministe d’éducation permanente. Les thématiques liées aux droits des femmes, à la nature et à la solidarité sous-tendent sa démarche créative.

Sorcière en poésie, elle se consacre aujourd’hui à l’écriture et à l’exploration de différentes disciplines artistiques (principalement le collage, mais aussi la linogravure, la cyanotypie et les impressions végétales…). Que cela soit en mots ou en images, il s’agit pour elle de manières complémentaires de faire poésie. Hypersensible, elle dispose d’un sixième sens qu’elle appelle « son radar à beauté ».

 

Elle est aussi à l’initiative de la communauté Instagram @poesie_feministe, qui a pour objectif de permettre aux femmes de partager leurs œuvres poétiques en toute sororité.

 

« Hyphes » est son premier recueil.

 

 

Résumé

Le terme « hyphe » vient du grec ancien ὑφή (huphḗ) signifiant « tissu ». 

C’est un nom masculin ou féminin désignant un filament qui, organisé en réseau, constitue l’appareil végétatif des champignons : le mycélium. 

 

« Hyphes » est également le titre d’un recueil de poésie où se mêlent des mots liés aux femmes et à la nature. Pour autant, foin de mièvrerie ! Si les hyphes forment une dentelle, elle est brodée à même la peau.

 

Au fil du voyage, on y rencontre des sorcières en herbe et des furies en plein SPM*, des louves aux abois et des dragonnes à la peau dure mais au cœur tendre.

 

Le long des chemins, les arbres tremblent de rage, de tempêtes et d’orages. La beauté bouscule et les rimes sont sauvages. On y explore les méandres de nos vies intérieures, là où poussent des fougères invisibles pour le commun des mortels. 

 

Il y est question de magie, ou plutôt, d’empouvoirement. Et de sororité, évidemment.

 

On y découvre l’envers, les gencives, les secrets, les muqueuses. 

Ce que d’ordinaire on ne dévoile pas.

 

On y trouve ce qui en nous s’accorde à l’eau, à la lumière et au vent.  

On y puise des forces pour faire face à la douleur et aux ouragans. 

 

Hyphes.  

 

Parce qu’enchevêtrer nos racines constitue la seule voie.

 

*Syndrome prémenstruel

 

 

« Hyphes » - Extrait

 

(…) Hyphes. 

Toutes ces choses cachées. 

Sous-jacentes, sous-terraines, telluriques. 

Ces liens secrets.

 

Hyphes.

Dentelle mêlant son souffle à celui du monde visible.

Sans eux, nous ne sommes rien.

 

Hyphes. 

Comme une question en suspens

 

Hyphes. 

 

À perdre haleine.

 

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